Maroc

Pour ce périple, l'équipage était composé de Matthieu, Joël et Hervé subtil mélange de compétences diverses telles que le pilotage, la navigation, la mécanique (si,si ça va servir !) et l'anglais aéronautique.
Agrémenté de quelques bagages, notre équipage affiche 310 kg sur la balance ce qui limitera l'emport d'AVGAS à quelques 180 litres soit de quoi faire des étapes de 3 heures 1/2 et de disposer encore à l'arrivée d'une réserve de sécurité importante.

DIMANCHE 10 JUILLET : NEUHOF -> CASTELON DE LA PLANA

Rendez vous avait été pris à 7 h 00 et notre fier équipage consultait les derniers TAF et METAR sur notre parcours. Hervé saisissait les 3 plans de vols sur OLIVIA pour la journée qui devait nous conduire jusqu'en Espagne. La prévol effectuée par Matthieu, le chargement des bagages répartis au mieux pour respecter le centrage et voilà le BR lancé en 36 sur la piste du Neuhof avec Matthieu aux commandes, Joël à la nav et Hervé à l'arrière.
Après un petit stop à Colmar encombré par tous les hélicos et avions du Tour de France (une trentaine !) pour récupérer 2 gilets de sauvetage supplémentaires, nous voilà reparti, le FL 65 est rapidement atteint et nous survolons déjà les crêtes vosgiennes encombrées en cette heure matinale par un nombre impressionnant de camping-cars qui attendent le tour de France, puis Mâcon où Matthieu se pose avec un fort vent du nord.

Un petit contrôle du niveau d'essence et nous voilà reparti avec Hervé aux commandes, Matthieu à la nav et Joël à l'arrière (vous l'aurez deviné). Montée au FL 65 GOTO Béziers. Arrivée à hauteur de Saint -Etienne, pas moyen de passer, on monte au 85... c'est toujours bouché, on redescend en spiralant avec toujours un fort vent en altitude qui permettra à Hervé d'afficher une vitesse sol record de 182 kts en descente. A 1000 ft sol, c'est toujours bouché, les nuages sont accrochés au relief et c'est avec regret que nous nous déroutons sur Saint -Etienne.

Une fois posé, les pleins refaits bien renseigné par les pilotes autochtones, nous enfilons une vallée à 1000 ft sol afin de tenter de rejoindre le Rhône. Quelques minutes après, en ayant pris soin d'éviter les ZIT (centrale nucléaire) et observé la ligne haute tension qui barre la sortie de la vallée, nous voilà à Givors sous un beau soleil. La descente de la vallée du Rhône est avalée à 145 kts sol et Hervé se pose à Béziers avec un bon vent de 20 kts heureusement dans l'axe .

Refuilling, super accueil à la tour, un petit Piz Wich et nous voilà reparti pour l'Espagne Joël aux commandes et Hervé à la radio. La frontière passée et après avoir quitté Perpignan APP, premier contact en anglais avec Girona Control qui nous refuse, après négociation avec Barcelona APP, un transit direct sur Valence et nous oblige à un transit côtier à 2000 ft par le VOR BRG.
Et voilà déjà Barcelone avec son transit VFR obligatoire par les terres à 3000 puis 1000 ft sol MAX par les points E, EA, le verticale de l'aéroport de SABADEL, SA, et S le tout avec une visi réduite à 5 km et des averses. Du grand sport surtout que nous n'avons pas pris le soin de rentrer les points de report dans le GPS... cela sera la dernière fois ! La côte défile ensuite tranquillement et Joël se pose à Castellon sur la piste en terre à 50 m de la plage. A nouveau un excellent accueil, refuilling au tarif commercial (0.91 € le litre !). Un pilote local nous renseigne sur les prochains transits en Espagne et notamment sur celui de Alicante qu'il nous conseille de faire à moins de 500 ft au dessus de la mer, transpondeur et strobe éteint sans contacter l'approche ! Nous prenons note. Sympathiquement il nous réserve également 3 chambres à l'hôtel du Golf au tarif "pilotas" (on ne sait pas si c'est plus ou moins cher que le tarif touristas), situé à 100m de l'aérodrome. Plans de vol déposés pour le lendemain, nous nous dirigeons vers l'hôtel, plage, baignade, cafard volant des pompiers passant à 10m au dessus de nous et pour finir un buffet de tapas à l'espagnol pour 10€. Enfin vient un repos bien mérité.

LUNDI 11 JUILLET : CASTELLON -> FES

Nous nous levons avec les poules et comme annoncé la veille le restaurant est encore fermé : pas de petit déjeuner. Matthieu crie famine ! Le terrain est désert, Hervé active notre plan de vol par téléphone. Prévol, chargement et décollage à la fraîche. La mer est calme. Le transit de Valence se passe sans problème avec l'approche. Contrairement au conseils reçus la veille, nous tentons le transit normal d'Alicante en contactant l'approche qui, a notre grande surprise, se passe avec juste un 360° d'attente pour laisser passer un trafic que nous n'avons jamais vu. Voulaient-ils tester notre capacité à tourner en rond ? Nous ne le sauront jamais ! Le reste du transit se passe sans problème à 2000 ft le long de la cote jusqu'à Almeria où Matthieu suivra une petite blonde au volant de sa Follow Me jaune. Le camion d'AVGAS est déjà en vue et nous retentons d'obtenir le tarif commercial et non privados beaucoup plus cher. Cette fois, c'est 0.83 €/litre...


Un petit tour au bureau de piste, super bien accueillis un fois de plus. Le plan de vol d'OLIVIA a suivi jusque là avec la fausse immat ce qui ne manquera pas de jeter la confusion quelques instants ! Restauration rapide, contrôle à l'embarquement , pas de douane en vue et nous voilà reparti pour TANGER avec Joël aux commandes et toujours Hervé à la radio. Transit de MALAGA avec l'approche à 1000 ft sol : une vue imprenable sur un gros trafic juste devant nous à quelques centaines de mètres (impressionnant le sang froid et le professionnalisme de la contrôleuse !) et voilà que le rocher de GIBRALTAR qui pointe à l'horizon accroché par un magnifique nuage lenticulaire. Le silence se fait dans la cabine et c'est à 3000 ft que le BR change de continent au dessus des nombreux bateaux : c'est aussi magnifique qu'émouvant.

"Tanger approche, BR bonjour...". Le contrôleur nous afflige d'une arrivée au DME (interdit de se rapprocher à moins de 10 nautiques du VOR TNG) puis une dernière base sur la mer et Joël pose les roues du BR en Afrique avec plus de 25 kts de face sur la piste de 3200 m de Tanger. Long roulage sur la ligne jaune (suivez la ligne qu'il dit le Monsieur dans le casque) et le BR se range à Côté d'un hélico de la gendarmerie royale et d'un PA 28 français au départ pour RABAT. Un gendarme nous accueille chaleureusement et nous voilà parti pour remplir nos premiers formulaires avec la Police des frontières. Joël ayant volontairement oublié son passeport, se verra délivrer, après 1 heure d'attente, un laissez passer de 72 heures pour le Maroc. Un détour par le bureau des opérations pour déposer un plan de vol, l'agent nous expliquant en détail la route à suivre jusqu'à FES qui n'est pas comme souvent la plus directe !
Les points de report VFR se succèdent sous le BR, les paysages sont fantastiques et variés et le BR se pose à FES avec Hervé aux commandes. Le plein refait, il restait 45 litres, nous quittons l'aéroport. Le chauffeur de taxi nous propose d'aller passer la nuit dans un riad rénové par un couple franco-allemand et nous savourons une bonne bière (thé allemand) à l'ombre des orangers du patio. Une tortue nous tient compagnie alors que nous préparons la navigation du lendemain. Un superbe repas marocain, fleurs de courgettes, tomates au sucre et à la cannelle, brochette et nous partons dans la médina pour une promenade digestive et nocturne. Nous avons réellement changé de continent !
Matthieu et Hervé dans leur suite royale, Joël dans la chambre de bonne (c'est son choix) à l'étage et nous voilà sombrant pour une bonne nuit réparatrice.

MARDI 12 JUILLET : FES -> MARRAKECH

Réveil à 8 h 00 (10 h 00 heure française !) petit déjeuner marocain copieux et délicieux et nous sommes reparti pour l'aéroport. Nous apposons un autocollant P67 sur la porte du bureau des opérations, dépose du plan de vol et échanges avec un couple de français en route pour les Canaries à bord de leur superbe Cessna 182 RG turbo (155 kts en croisière). Check list... mélange plein riche, plein petit pas, réchauffe carbu... CASSEE !!! La manette fonctionne dans le vide. Avec 3200 m de piste et après avoir vérifié que la puissance était disponible Matthieu décolle malgré tout avec Joël à la radio, pour un vol de 2 heures le long du moyen atlas au FL 85 avec les cailloux culminant à 6500 - 7000 pieds en dessous. Un cas de panne il n'y aurait pas beaucoup d'endroits vachables et c'est dans ces moments là que nous sommes un peu rassurés par la présence à bord de la VHF portable prêtée par André. Elle serait alors sûrement le dernier lien avec la civilisation.

Atterrissage à Marrakech après une longue finale de plus de 15 nautiques débutée à 6000 ft, et Matthieu est à nouveau guidé au parking par une Follow Me, Cette fois pas de blonde au volant !
Le GPS de Joël indique LFGC à 1244 nautiques soit plus de 2300 km à vol d'oiseau.

Nous décidons de décapoter le BR et constatons que la corde à piano de commande du volet de réchauffe s'est brisée juste avant l'écrou de fixation !
Equipé de clés plates empruntées dans la caisse à outil de la voiture personnelle du pompiste, Matthieu plonge sous le capot, il fait plus de 40°C à l'ombre et au risque de se brûler sur les tôles surchauffées va réussir à réparer la réchauffe : Mac Giver ! Les pleins faits, très cher : 1.83 €/L, les formalités habituelles se suivent et nous voilà partis à la recherche d'un hôtel où nous passons le reste de l'après midi à regarder le tour de France à la télé ! Il fait décidément trop chaud pour sortir.
Vers 18 h 00, nous nous mettons en route pour la place Jamel el Fna et le souk, où nous passons 3 heures à déambuler au milieu des boutiques perdus sans notre GPS !
Petit resto sans prétention et un dernier tour sur la place où les têtes de moutons grillent sur des barbecues géants au milieu d'une foule impressionnante !
Pour être dépaysés, nous le sommes !
Dodo bien mérité.

MERCREDI 13 JUILLET : FES -> ALMERIA

Réveil , petit déjeuner et direction l'aéroport pour les traditionnelles formalités de police. Le plan de vol déposé, Joël au commande, Hervé à la radio et nous voilà parti pour RABAT sur la côte atlantique.
Le début du parcours se fait au FL 75 mais à mesure que nous approchons de la côte, une grosse masse nuageuse nous barre la route et nous décidons de passer en dessous. Nous en profitons pour demander la dernière à Casablanca qui nous informe d'un FEW 1000, OVC 1600, VISI 5 km à Rabat .. Chaud !!!
Notre progression se fait de plus en plus bas jusqu'à 1500 ft avec les cailloux à 1000 ft et une visibilité très dégradée. C'est avec 500 ft d'eau sous la quille que nous contactons RABAT pour les consignes. La contrôleuse nous demande de nous reporter au point ANIBI . Un moment de silence dans le cockpit et Hervé demande où se trouve se point car nous avions prévu une arrivée par le point ULTEK ! "Ultek n'existe plus, les cartes ne sont pas à jour, voulez vous les coordonnées GPS de ANIBI ?" Quel service !! Une fois le point renseigné dans le GPS nous procédons toujours à basse altitude pour finir proche de la côte avec seulement 1000 ft de plafond. Le contrôle nous demande alors d'orbiter autour de ce point un moment pour laisser passer un trafic IFR puis de procéder par approche NDB sur la balise SBI...
C'est à 3 km du seuil que nous apercevons enfin la piste... Quelle satisfaction de se poser après une telle procédure. Le Maroc traite les VFR comme les IFR ce qui est vraiment valorisant pour notre aviation !!! Nous devons simplement confirmer régulièrement que nous avons toujours Victor Mike Charlie.
Nous parkons le BR devant le hangar de l'Aéro-club Royal de Rabat après avoir croisé sur le tarmac un B747-200 privé immatriculé aux Emirats Arabes Unis.
Le temps est gris et venteux, la température a chuté aux alentours de 20°C et c'est à l'unanimité que nous décidons de repartir pour Tanger et de renoncer à la visite de RABAT de peur de voir la météo se dégrader encore un peu plus.
Les procédures administratives sont longues (aéroport militaire) et nous avons le temps de sympathiser avec l'équipage d'un Citation CJ 2 immatriculé en France déjà croisé à FES deux jours auparavant. Le copi est particulièrement étonné de nous voir ici avec notre mobylette ! Décollage pour Tanger avec Hervé aux commandes pour un transit le long de la côte atlantique. Une fois posé à Tanger (on connaît) le BR est avitaillé, l'équipage également, les formalités douanières et d'immigration effectuées, le plan de vol posé et nous voilà reparti pour l'Europe. Matthieu monte rapidement au FL 95 et met le cap directement sur ALMERIA ce qui nous vaudra un long survol maritime au large de GIBRALTAR puis MALAGA en dehors des TMA et des transits VFR imposés. Posé à ALMERIA, et nous voilà partis en taxi à la recherche d'un hôtel. Nous finirons dans un Club Hôtel au tarif prohibitif, bourré de touriste, ravitaillé par un buffet pas terrible... Contents d'être à nouveau en Europe, nous décidons de nous retrouver au petit déjeuner pour 8 h 00.

JEUDI 14 JUILLET : ALMERIA > NEUHOF

Le BR sent l'écurie et nous avons pour objectif de rejoindre Neuhof dès ce soir en 3 étapes ce qui représente pas moins de 8 heures de vol. Décollage d'ALMERIA avec Hervé aux commandes pour un vol le plus direct possible sur SABADELL (Barcelone) en coupant à travers les terres. Les conditions météo nous permettent de monter au FL 95 et de voir au loin la SIERRA NEVADA avec ses sommets culminant à plus de 3000 m. Joël en profite pour s'essayer pour la première fois à la radio en anglais. C'est succinct mais efficace et suffisant. Nous enfilons le transit obligatoire de Barcelone à 2000 ft et nous posons à SABADELL après plus de 3 heures de vol.

Cette plate-forme dédiée aux petits avions et aux hélicoptères est hallucinante. Des dizaines d'avions cohabitent en pleine ville entourée d'infrastructures modernes et pratiques tel que le restaurant de l'aéro-club immense et très bon. Des avions anciens tels que des Buckers, stationnent à côté d'une foule de C 172 et autres hélicoptères. Le terrain abrite également de "petits" bombardiers d'eau style avion d'épandage agricole.
Nous négocions le tarif commercial et exonéré de taxes (vol international oblige) et nous refuillons le BR au tarif imbattable de 0.75 € le litre d'AVGAS !!!
Nous avons prévu une direct sur CHALON sur SAONE. Il est 14 h 37 , lorsque Hervé appelle la tour de CHALON pour savoir si il sera encore possible d'avitailler ce soir. Le contrôleur nous répond par l'affirmative mais il faudra se présenter avant 18 h 00 dernier carat ! GAZZZ et le BR décolle avec Joël aux commandes et Matthieu à la radio... en anglais. Pas mal du tout. Montée au 75 et Joël décide de tirer tout droit au dessus du golfe du lion. Le GPS nous indique une heure d'arrivée entre 17 h 40 et 17 h 50. Si le vent continue à nous pousser nous serons à Châlon à temps. La massif central est avalé on top au 95 . Nous tentons de contacter Châlon à hauteur de Mâcon pour vérifier une dernière fois la possibilité d'avitaillement. Le terrain est déjà en auto-information et le Pilatus des paras nous informe que tout est déjà fermé !!! Nous envisageons de poursuivre jusqu'à Dijon (nous avons assez de pétrole) mais le Pilatus nous rappelle : Fausse info, on vous attend. En effet à peine posé le pompiste/pompier avance déjà vers le BR, le tuyau à la main... Il est 17 h 45 et nous prenons le temps de boire un verre avant de redécoller pour Neuhof pour la dernière branche de notre voyage avec Matthieu aux commandes. GOTO LFGC, FL 55. Hervé annonce le BR en vent arrière 18 en provenance de MARRAKECH et Matthieu nous gratifie d'un superbe kiss landing après 1 h 20 de vol.
Il est 20 h 30 le terrain est quasi désert et nous rangeons toutes nos bagages. Nous avons une pensée pour cette brave boite de conserve blanche, rouge et verte qui nous a permis d'aller si loin. La toilette interne et externe du BR est faite, sans oublier de ne pas nettoyer un hauban pour y laisser les traces du sable marocain. Les 3 pilotes boivent une dernière bière à la santé du BR et c'est un peu mélancolique que chacun d'entre nous regagne son foyer.

Conclusion

Notre voyage aura duré 5 jours au total, nous aurons effectué 29 heures de vol ce qui doit représenter plus de 6000 km, visité 12 aéroports déposé 11 plans de vol, rempli un nombre impressionnant de fiches au Maroc...
Nous avons atteint un point situé à 1244 nautiques de Neuhof, nous serons monté au FL 95 à plusieurs reprises, volé sous un plafond de 1000 ft, passé Gilbraltar dans les 2 sens...

Bref , on a pris notre pied !!!!! Prêt à repartir et pourquoi pas avec 2 avions cette fois. Rdv en 2006 pour une nouvelle aventure. (nous réfléchissons déjà à la destination)

Hervé et Matthieu